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Au-delà du boulevard Barak Obama


Auteur : BLOCH-TABET Brigitte

Style : Action




Etrangement des particules de mica s’égrenèrent sur le trottoir que foulait ce soir-là Amory , pressé de rejoindre Elvira, sa maîtresse, pailletant ainsi d’une manière féérique les silhouettes austères des passants. Les derniers reflets du soleil traversèrent les flaques d’eau comme des vestiges d’oracles. Un souffle venteux inhabituel emporta une brassée de feuilles mordorées encore accrochées aux branches. La lumière déclina peu à peu, limbant toute silhouette humaine, végétale ou animale, d’un halo dramatique. Une nuée de corbeaux décampa des platanes dans un bruissement d’ailes menaçant, imprimant les cieux de signes maléfiques. Une touffeur insolite accabla soudain ce mois de Novembre. Amory pressa le pas, pressentant un orage dont il épiait les coups de tonnerre et les éclairs. Mais le ciel restait obstinément obscurci et silencieux, sans pour autant rassurer Amory qui éprouvait une angoisse inhabituelle chez quelqu’un d’aussi peu perméable aux caprices de la météo. Il faut dire qu’il était chauffagiste et que – par ses interventions – il parait aux caprices du temps, soufflant du chaud quand il faisait froid, propulsant du frais quand il faisait chaud.

Des particules scintillantes s’éparpillaient sur le trottoir transformé en ciel étoilé tandis que la voûte céleste se muait en chape de plomb, tel un couvercle gigantesque recouvrant la terre qui amorçait un bouillonnement inquiétant. Une nuée de mouches piquantes s’abattit sur les passants qui amorçaient une gesticulation furieuse sans pour autant échapper aux milliers de dards qui les assaillaient. La partie était perdue d’avance et tous prenaient conscience qu’un combat était en train de se livrer entre la Nature et eux. Insectes, plantes, éléments célestes et telluriques mêlés pour les anéantir en réaction contre la façon dont ils traitaient la Terre depuis des millénaires. Mallory, surfeur émérite, décida de ne pas résister à la pression de plus en plus forte qui emballait ses pas, tentant de le soulever de terre et , de guerre lasse, consentit à devenir un projectile humain. Il eut la chance de ne pas se catapulter contre un passant et esquiva de justesse les branches qui s’abattaient sur lui avec toute la malveillance que les platanes pouvaient déployer à l’encontre des hommes-bûcherons qui n’avaient cessé de les abattre pour leur usage personnel. Il ne pouvait plus rien maîtriser.

Malory se rendit compte que les rafales de vent le poussaient dans la direction opposée à son itinéraire pour rejoindre sa maîtresse et qu’à cette allure il n’était pas prêt de la retrouver à l’heure convenue. Et ce détail l’obsédait plus encore que cette Grande Menace. Il faut dire qu’Elvira était très pointilleuse sur la ponctualité et qu’elle sanctionnait toujours les retards de son amoureux par des bouderies qui gâchaient leurs rencontres. Or il détestait ces entraves à son intention essentiellement sexuelle. Il devait la rejoindre dans un petit motel accessible aux amoureux diurnes qui profitaient d’une pause dans leur emploi du temps, de l’absence d’un conjoint, d’un désir pressant l’un pour l’autre pour se réfugier dans ses boites à baise moyennant une prestation modique. Il se demandait toujours si sa maîtresse n’était pas vexée de payer sa cote part mais il la voulait partie prenante de ces ébats adultérins. Toute minute perdue était à déduire des préliminaires ce qui était d’autant plus fâcheux qu’Elvira ne pouvait se donner à lui sans un minimum de stimulations corporelles. Pour l’heure tous les éléments se liguaient contre leur rencontre alors il tenta de la joindre sur son portable afin d’annuler leur séance. Mais nul réseau ne le lui permit. Et ce petit incident l’angoissa soudain au plus haut point. Les ondes contrariantes étaient palpables autour de lui, irradiant de petits courants qui lui chatouillaient la peau déjà irritée par les piqûres d’insecte. Il se gratta avec rage.

Il envisageait de rentrer tout bonnement chez lui quand de nouveaux obstacles s’abattirent sur son passage. La grande avenue du Président Barak Obama était tellement encombrée par les véhicules serrés les uns contre les autres qu’il était impossible de se frayer un passage pour traverser. Les klaxons recouvraient les grondements que se renvoyaient mutuellement la terre et le ciel ligués dans la même concertation contre ces citadins inconscients de leur conduite attentatoire au cycle des saisons. Ils se vengeaient en leur proposant une nuit diurne, une chaleur automnale, une pestilence organique. Il comprit soudain que la puanteur provenait du jaillissement des immondices hors des égouts comme si les secrets inavouables des citadins remontaient à la surface pour dénoncer leurs turpitudes. Ces derniers, affolés, couraient dans tous les sens en quête d’un abri inaccessible. Au loin brasillait une lueur rouge qui pouvait aussi bien être un feu de position qu’un feu tout court.

Il se demanda pourquoi il se pressait tant à ce rendez-vous qui depuis quelque temps commençait à perdre de sa saveur pour s’engloutir dans une routine sexuelle. Elvira manifestait rarement son plaisir et il scrutait vainement dans ses yeux grands- ouverts une trace d’exaltation. Pourtant elle lui jurait qu’elle ne pouvait pas se passer de ces rendez-vous clandestins. Mais c’était peut-être seulement l’adultère qui l’excitait plutôt que lui. C’était la première fois qu’elle trompait son mari.

Il se heurta soudain à une barrière humaine qui déferlait vers le Nord de la Ville, recherchant une zone plus apaisée. A présent les gens avaient enfilé des masques en papier qui dissimulaient la moitié de leur visage si bien qu’on ne savait plus s’il s’agissait d’hommes ou de femmes. A l’horizon le ciel devenait rougeoyant parcouru de nuages gris qui glissaient à vive allure chassant des nuées d’oiseaux noirs. Amory ,au prénom si connoté, commençait à douter de l’amour que lui portait cette femme si exaltée faute d’être exaltante qui aimait davantage la situation qu’il lui faisait vivre, que l’homme qui rendait hommage à son effronterie.

Il observait les hordes de fuyants masqués tentant d’échapper au piège que leur tendait une nature remontée contre les mauvais traitements que lui faisaient subir les citadins. Elvira se trouvait peut-être parmi eux, paniquée par ce gigantesque marasme écologique qui semblait vouloir punir l’homme de ses méfaits. Pensait-elle à lui dans ce moment de frayeur, se sentant plus seule que jamais au milieu de cette foule masquée ? Il ne lui vint même pas à l’idée de la chercher, découragé à l’avance par cette entreprise si hasardeuse. Il lui paraissait dérisoire de vouloir sauver sa peau quand la fin du monde se tramait et que d’ici quelques heures, voire quelques jours toute trace humaine aurait disparu de la planète. Il suffisait de se laisser emporter par cette gigantesque sarabande tout en sachant que la partie était perdue d’avance et qu’elle allait le mener vers un inévitable anéantissement. Et bizarrement il en ressentit presque un soulagement. Si l’avenir lui avait encore été promis il allait inévitablement sombrer dans la dépression après cette fatale rupture avec Elvira. Car lui, contrairement à elle, n’avait pas une autre épaule sur laquelle se consoler. Il était célibataire et mal lui avait pris de s’éprendre de cette femme mariée qui se payait un caprice excitant. Il n’eut pas le temps d’aller au bout de sa lugubre ratiocination qu’une nouvelle rafale s’abattit sur la ville, arrachant des toits des multiples tuiles et ardoises qui vinrent s’écraser sur le trottoir, rencontrant au passage certaines têtes mal abritées. Les poteaux, profondément arrimés au sol , voyaient leur sommet osciller, mus par une force qui tentait de les déraciner. Des bris de vitre venaient entailler la chair des égarés. Pour couronner le tout, une grêle au calibre particulièrement imposant vint cingler les passants d’une gigantesque gifle glaciale. Ce qui n’empêchait pas des feux de surgir d’une croûte terrestre surchauffée. Le glacé rencontrant le brûlant fit gicler des geysers d’eau chaude qui surprirent plus d’un passant. C’était comme si l’été le plus torride se heurtait à un hiver glacial dans un espace-temps rétréci. Comme si l’automne n’était jamais arrivé.

Et pourtant il se souvenait de ces heures dorées où il se promenait en forêt aux côtés d’Elvira, sa chevelure rousse se confondant avec la parure or brûlé des branchages. Câline, elle s’abandonnait contre son épaule pendant qu’il assurait leur marche dans les sentiers escarpés. Il fallait toujours qu’il interrompe leur promenade pour se livrer à des soubresauts sur son corps abandonné sur un tapis de feuille. Elle le voulait ainsi. Elle le voulait en elle à chaque rencontre. Elle le voulait engagé dans ce processus où elle se sentait enfin complètement exister. Il lui faisait remarquer – sans vouloir l’offenser – qu’il ne pouvait pas assouvir toutes ses exigences sexuelles et que son mari devait aussi participer à son épanouissement. Mais elle prétendait qu’il ne la touchait plus depuis bien longtemps. Depuis quelque temps il avait l’impression que ces rencontres lui pompaient toute son énergie au lieu de le régénérer. Pourtant cela avait bien commencé pour eux dès l’instant où leurs deux hologrammes s’étaient rencontrés en 3D sur le site de rencontre Alterego où les trois quarts des paramètres exigés par chacun d’eux étaient remplis par l’autre. A leur première rencontre ils avaient tout de suite senti des atomes crochus et même si Elvira n’était pas libre, il n’avait pas hésité un instant pour en faire sa maîtresse attitrée. Alors pourquoi aujourd’hui n’éprouvait-il plus l’élan qu’il avait eu pour cette rousse délurée ?

Il en était à ce stade de ses réflexions quand il perçut le vacarme d’un platane qui s’abattait sur la chaussée, écrasant à son passage une vingtaine de malchanceux. Il se pouvait qu’Elvira en fisse partie. Il l’imagina un instant écrabouillée, sanguinolente, son visage implorant écrasé par le tronc, et il en tira – curieusement – une excitation sadique. Ces derniers temps il était incommodé par son haleine médicamenteuse, obligée qu’elle était de soigner à la codéine une angine persistante. Elle avait une mauvaise mine qui conférait à son teint de rousse une lueur verdâtre. Lui qui jadis adorait ses taches de rousseur les trouvait à présent aussi nocives que la rouille qui vient endommager le métal. Des taches de mauvaise santé qui le rebutaient désormais. Il n’était pas loin de la considérer comme une espèce de sorcière qui l’avait ensorcelé pour mieux l’anéantir. S’il réchappait à ce cataclysme, il informerait son mari de leur liaison avec des recommandations de devoirs sexuels dont il devait s’acquitter quotidiennement pour maintenir cette nympho au bercail.

Avec un vacarme épouvantable, un autre tronc s’abattait sur la chaussée, écrasant sous son poids une nouvelle barquette d’humains certainement innocents de la maltraitance des arbres, n’en ayant abattu aucun, mais complices de ce massacre par l’utilisation surabondante de papiers inutiles. Ce carnage était horrible à voir, mais le feu allait bientôt faire disparaître les corps des gisants. Emportant avec lui le feu de la passion qui envahissait Amory pas si longtemps auparavant, époque qui paraissait si lointaine au regard du bouleversement qui se tramait depuis quelques heures. Et puis ce fut au tour des façades de se fissurer, avec l’échéance plus ou moins proche de leur écroulement. Mandatés en toute urgence par la Municipalité, des équipes d’ouvriers du bâtiment étaient là pour tenter de colmater les trous, redresser un pan de mur, excaver des éboulements, mais leur acharnement était vain face à la force de ce souffle chaud-froid qui plongeait la ville dans une fièvre frissonnante. On pouvait déplorer qu’aucune mesure préventive n’ait été prise suite à l’alerte Météo qui était loin d’envisager pareil désastre. Pourtant ce n’était pas faute d’avoir alerté les humains avec l’amenuisement de la couche d’ozone, le réchauffement de la planète, la fonte de la calotte glaciaire, la disparition des forêts, de certaines espèces animales chassées pour leur rentabilité, l’avènement du nucléaire, les organismes génétiquement modifiés, la maladie de Krosfeld Jacob dite vache folle, la grippe H1N1 ou grippe porcine. Tout cela était dû à l’omnipotence de l’homme qui voulait se substituer à Dieu pour régner sur la Terre. Son bon plaisir prévalant toujours sur le reste. La rentabilité primant toujours sur la qualité.

Elvira, très écolo, faisait pour sa part attention à tout ce qui pouvait altérer notre écosystème : économisant son utilisation d’eau, d’électricité, bannissant de son alimentation les pesticides et les conservateurs, s’insurgeant contre le nucléaire et les OGM, conte la surconsommation de carburant, préférant se déplacer à pied ou en vélo plutôt qu’en voiture.

C’est pour cela qu’elle se trouvait certainement ensevelie sous des décombres, se disait Amory qui trouvait ridicules toutes ses réticences comportementales. Et l’ironie du sort voudrait que lui, le pollueur, le bâfreur, le fumeur, l’indiscipliné anti-écologique se tirerait peut-être indemne de cette révolte des éléments maltraités. Il contempla la chaussée dévastée, les bâtiments écroulés, les arbres juchés sur la chaussée, les milliers de blessés qui gémissaient, comme anesthésié de toute compassion. Il y voyait une allégorie de sa vie amoureuse jalonnée d’échecs plus cuisants les uns que les autres. A tel point qu’avant de rencontrer Elvira il avait songé à une retraite sexuelle, une démission avant l’heure de l’andropause. Mais celle-ci, tellement flamboyante, si demandeuse, l’avait tiré de son inertie sexuelle, l’emportant dans le tourbillon de sa frénésie.

Pour l’heure il s’agissait d’un tourbillon déclenché par un gigantesque cyclone qui entraînait tout élément vertical dans un maelstrom vertigineux. Des voitures se mirent à quitter le sol, happées par cette hotte aspirante, projectiles géants s'abattant sur le macadam avec un fracas assourdissant. Le vent devait atteindre une vitesse de 300 kms à l’heure, rendant le travail des pompiers complètement inopérant. Soudain le ciel s’obscurcit davantage, la lune venant occulter le soleil en essayant de lui voler la vedette et bientôt, pour couronner le tout, toutes les lumières de la ville s’éteignirent en même temps, la plongeant dans une semi obscurité, les feux allumés ça et là lui conférant des lueurs rougeoyantes de brasier apocalyptique. Des cris de terreurs surgissaient d’une foule aveuglée, tâtonnante, complètement désorientée par cette soudaine éclipse.

Soudain il sentit une main se glisser dans la sienne, une main fine et douce agitée d’une palpitation qui lui transmit un tremblement. Il avait du mal à distinguer la silhouette frêle qui s’accrochait à lui, mais cette présence lui procura un électrochoc. Cette personne attendait qu’il la sauvât et, même si peu lui importait à présent son propre destin, il se sentit investi d’une mission. Il décida de se diriger vers les brasiers, de l’autre côté de l’avenue, afin d’y trouver chaleur et lumière. Car depuis que la nuit était tombée une quasi obscurité s’était installée rendant encore plus périlleux leur parcours jonché d’obstacles mystérieux. L’individu qu’il traînait – jeune homme, femme, enfant ? –calquait si bien son pas sur le sien qu’il oubliait parfois qu’il formait un duo avec lui. S’il lui parlait, sa voix était couverte pas la cacophonie des clameurs, des sirènes d’alarme, les explosions et le fracas des écroulements. Il sentait juste sa main se contracter dans la sienne ou se relâcher par moments. Il y répondait par une pression qu’il voulait rassurante. Il s’agissait d’éviter toutes les fissures, trous et failles et d’enjamber pavés, branches et éboulis qui piégeaient leur cheminement aveugle comme dans un cyberespace.

Chemin faisant, le remugle d’un charnier lui procura un haut-le-cœur et il buta contre des corps agonisants sans doute écrabouillés par les éboulements des toits : morceaux de cheminées, paraboles, tuiles ou ardoises. En enjambant les corps, il put se rendre compte de la souplesse de l’individu qui bondissait au-dessus d’eux avec une amplitude proche de la sienne. Il devait parfois lui parler mais sa voix était couverte par les clameurs, les déflagrations, les explosions et les sirènes d’alarme. Il aurait pu en tâtonnant effleurer sa tête pour évaluer sa chevelure, mais il préférait prolonger cette ambiguïté sexuelle. Il réalisa soudain qu’un jeune homme ferait aussi bien l’affaire qu’une femme dans cette envie qu’il avait de sauver quelqu’un pour se racheter de toute cette vie de débauche et de trahisons de tout ordre. Ce cataclysme oeuvrait sur lui comme une catharsis et il le vivait comme une épreuve à la fois de purification et de rédemption. Il avait l’impression que le sol allait s’ouvrir sous ses pas et que d’une minute à l’autre, lui et son acolyte, pouvaient s’engouffrer dans les Abysses de la terre afin d’expier tous leurs péchés. Il ne pouvait même pas évaluer l’étendue du désastre et ignorait si ce quartier était le centre ou non de la Menace céleste. Toujours est-il qu’on ne pouvait même pas savoir si on allait s’en sortir vivant. En tout cas pas indemne de ce purgatoire.

Il serra plus fort la main de l’être qui l’accompagnait, se repaissant de sa chaleur humaine, captant les moindres pulsations de sa paume. Soudain, il faillit basculer en avant, entraîné par le poids de son acolyte qui trébuchait sur un obstacle. Il l’aida à se relever sans pour autant cerner la forme de son corps, qui restait encore androgyne à son mental. Il se demandait pourquoi cette ambiguïté lui plaisait autant. N’avait-il pas jusqu’ici fréquenté uniquement des femmes ? N’avait-il pas opté pour l’hétérosexualité par convenance ? Sa dernière heure étant peut-être arrivée n’était-il pas temps de se poser la question essentielle sur son orientation sexuelle ? Ne fallait-il pas tirer leçon de tous ses échecs avec les femmes qu’il ne savait pas aimer ? Même celle qu’il devait rejoindre ce jour-là ne l’excitait pas plus que cela. Et pourtant il la trouvait belle au début, cette rousse piquante, qu’il voyait à présent comme oxydée, presque repoussante à certains moments d’intimité où elle exhalait des relents acides. Pourquoi fallait-il qu’il se lasse fatalement de ses conquêtes féminines ? Déçu par un détail infime qui gâchait son plaisir. Une lueur rougeoyante à proximité permit à Amory de mieux percevoir l’être masqué qui évoluait au rythme de ses pas, aux formes décidément très peu sexuées. Pourquoi n’avait-il jamais essayé avec un homme ? Ou du moins un garçon ? Qui sait si cette relation homosexuelle ne l’aurait pas mieux satisfait – si dégoûté qu’il était des excrétions féminines sans vouloir se l’avouer. Il ne s’était jamais livré à ces caresses buccales qu’affectionnent tellement les adorateurs du vagin. Cette zone poilue aux muqueuses visqueuses de crustacés ne l’attirait pas plus que cela et il fermait les yeux quand il devait l’aborder. Cela ne l’empêchait pas de la pénétrer, mais jamais sans préservatif. Ce qui fait que son sexe n’était jamais en contact direct avec les muqueuses. Manière détournée de ne pas vraiment adhérer à l’acte.

L’individu à ses côtés commençait à haleter de fatigue. Il décida de le réconforter d’une palpation sur son épaule qu’il trouva bien structurée, il en profita pour explorer l’omoplate un peu saillante. L’individu était très mince, presque maigre, mais musclé. Non seulement il ne tentait pas de s’extraire de cette étreinte, mais il se blottit contre Amory, à la recherche de protection ou de tendresse selon ce qu’Amory voulait en déduire. Quelles réticences pouvait-il avoir à présent que ses heures étaient comptées ? N’était-il pas temps, à quarante ans passées, de savoir qui il était vraiment ? Un nouveau fracas vint ébranler leur instant d’abandon. L’autre émit des cris stridents accompagnés de convulsions et s’écroula sur le trottoir. Amory, affolé, se pencha sur le corps spasmé, pour tenter de le réanimer. Il appuya sur sa cage thoracique qu’il constata complètement dénuée de seins, et entreprit malencontreusement de lui faire du bouche à bouche. Le jeune homme émit un râle et se redressa brusquement en s’essuyant les lèvres. Il refusa l’aide d’Amory afin de se relever dignement. Debout, il se sentait encore faible et accepta le bras d’Amory pour continuer leur marche à quatre jambes. Il émit un remerciement qu’Amory entendit à peine tant les explosions se répercutaient, ne laissant que peu d’espace pour tout autre sonorité.

A présent le jeune homme se cramponnait à lui, rendant leur déambulation de plus en plus ardue parmi les décombres. Mais Amory était fixé : il formait un duo avec un autre homme et cela lui plaisait. Il se sentait à sa place comme jamais. Il se voyait bien Mentor de ce jeune homme lui qui n’avait jamais eu d’enfant, n’avait jamais été enseignant, lui qui avait tant de choses à transmettre. Mais il était sans doute trop tard. S’il réchappait à ce cataclysme il l’adopterait peut-être, à moins que… Il avait toujours pensé qu’il avait le temps de devenir père, qu’il suffisait qu’il rencontrât la bonne personne, mais il tombait toujours sur des femmes mariées, des trop impliquées dans leur boulot, des trop narcissiques, des trop âgées pour enfanter. A dire vrai cela masquait une peur de sa part de s’engager auprès de la femme et s’il voulait bien regarder les choses en face une réticence à se reproduire pour dispenser à un être innocent toutes les tares familiales. Et aujourd’hui que le monde s’écroulait il se félicitait de sa frilosité paternelle. S’imaginer trembler pour son enfant qui est peut-être enfoui sous les décombres, ne pas parvenir à le retrouver après avoir exploré tout le périmètre au péril de sa vie, il n’en était pas capable. Peut-être serait-il resté prostré dans un abri, attendant que le ciel lui tombe sur la tête. Car il ne parvenait même pas à retrouver la femme qu’il était sensé chérir, presque soulagé de ne pas la rencontrer. Se sentant libre comme jamais, même avec l’entrave du jeune homme qu’il ne parvenait pas à considérer comme un boulet. Enfin il se sentait utile à quelque chose, nécessaire à autrui.

Pour l’heure il s’agissait de quitter cette zone particulièrement à risques pour parvenir indemne de l’autre côté du boulevard, dramatiquement encombré de véhicules cabossés, retournés, en feu, que leurs passagers n’avaient pas toujours pu déserter à temps. Des corps calcinés figuraient des momies dans le sarcophage de l’habitacle et à leurs côtés, parfois, des corps encore vivants attendant des secours qui ne viendraient probablement jamais. Certains passants tentaient de les aider, de les soigner, ou de les réconforter, mais la plupart détournaient d’eux leur regard. Amory se demanda dans quel camp il se trouvait ; celui des compatissants ou celui des déserteurs. Il considéra qu’il faisait déjà sa b.a. en prenant sous son aile le jeune homme apeuré, qui sans lui, certainement serait déjà enfoui sous des décombres ou blessé par cette pluie incessante de projectiles accompagnée d’une grêle anormalement lourde. Emporté par une grâce qui le faisait slalomer à bon escient dans ce jeu vidéo géant, il parvenait à échapper à tous les obstacles en se courbant, bondissant, courant, entraînant avec lui le jeune homme qui, souple aussi, calquait ses mouvements aux siens tant et si bien qu’ils formaient un parfait tandem.

Ils croisèrent un cameraman qui tentait de faire un commentaire sur les événements apocalyptiques qui prenaient les Autorités – non superstitieuses - au dépourvu. Bien des passants utilisaient leurs photophones pour filmer les scènes d’exode dans un décor de quatrième guerre mondiale. Ils espéraient, s’ils survivaient, les revendre un prix d’or aux chaînes d’ aérovision locales. Mais la plupart, ne parvenant pas à maîtriser la situation, se posaient en victime d’un esprit malfaisant : Démon, Diable, Dieu vengeur, invectivant le Ciel, priant, ou fuyant comme des Damnés de la Terre. Malory pensait que s’ils survivaient , lui et son jeune protégé, ils emménageraient dans un des nombreux appartements désertés par les disparus. Car dorénavant ce monde – s’il n’était pas anéanti en cette année 2012, comme l’avaient prédit les Mayas et Nostradamus - ne serait plus jamais le même. Et lui non plus qui avait enfin fait le point sur ce qu’il était vraiment. Tous les deux se passeraient fort bien des femmes qui avaient le don de tout compliquer, de tout envenimer avec leurs angoisses, leurs exigences. Tout serait simple désormais. Car il sentait son compagnon très malléable, très docile, très influençable déjà, de par son attitude corporelle calquée sur la sienne. Sa reconnaissance à son égard, s’il parvenait à le tirer de ce désastre, le rendrait certainement fort obéissant et il serait prêt, du moins dans les premiers temps, à satisfaire les caprices de son aîné. Ce qu’aucune femme n’avait pu lui offrir, ce jeune éphèbe le lui ferait connaître jusqu’à l’extase, il n’en doutait pas.

Dès lors, ce dernier ne pensait qu’à sauver sa peau et s’appuyait sur ce parfait inconnu parce qu’il venait de voir son père mourir à ses pieds. Eperdu de douleur, il s’était raccroché à la première main qui s’était tendue sans bien se rendre compte à qui il avait affaire. Dès qu’il serait tiré d’affaire, il la lâcherait sans état d’âme, avec juste un remerciement de principe. Il courrait alors auprès de sa mère pour vivre ensemble ce deuil affreux. A moins que sa mère, elle aussi… Pour l’instant Célestin accordait ses pas à ceux, intrépides, de son guide qui tentait de déjouer tous les pièges que la Nature en furie – soufflant le chaud et le froid – prenait un malin plaisir à semer sur le chemin de citadins qui l’avaient tant de fois bafouée. Il commençait à vivement souffrir de faim et de soif et se sentait extrêmement faible. Tous les hypramarchés avaient été dégradés, pillés par une horde de vandales qui profitaient du cataclysme pour saccager tout le périmètre commercial. Comment s’alimenter dans la légalité, compte tenu de la disparition des commerçants ? Cette fois-ci ce fut Célestin qui entraîna son guide vers un étal de fruits et légumes déserté de tout détenteur pour se servir abondamment en victuailles. Amory, qui avait faim également , se goinfra de fruits et de légumes croquants, lui qui était un carnivore invétéré, et tous les deux reprirent des forces pour poursuivre leur chemin.

Pendant ce temps Elvira, qui était partie en retard à son rendez-vous avec Amory parce qu’elle ne trouvait pas ses clefs, avait erré longuement dans cet Enfer dans l’espoir de retrouver son amant. Ne pouvant le joindre sur son tactophone , elle ne pouvait que se fier à son instinct pour le rejoindre. Chemin faisant elle avait, elle aussi, vécu un calvaire, échappant de justesse aux projectiles qui menaçaient les passants, croisant des victimes ensanglantées, des macchabées déchiquetés. Elle aussi avait rencontré des gens qui l’avaient soutenue, guidée, encouragée, quand elle leur montrait des photos d’Amory au cas où ils l’auraient croisé. Elle aussi s’était demandé s’il avait survécu à ce désastre et avait spéculé sur leur avenir commun. En tout état de cause que pouvait-elle attendre de ce velléitaire qui – même si elle divorçait – ne ferait jamais sa vie avec elle par peur de s’engager ? Elle se demandait comment il pouvait bien se comporter dans une situation aussi dramatique, s’il courait dans tous les sens, apeuré, ou s’il aidait les autres à se diriger ou à s’abriter ? Vu son physique avantageux, il était probable que maintes femelles s’étaient agrippées à lui en quête de protection, auquel cas elles allaient vite déchanter car, une fois un petit flirt amorcé, Amory les aurait sûrement plaquées pour sauver sa propre peau qui comptait pour lui plus que celle de quiconque. Soudain une odeur pestilentielle vint envahir ses narines délicates : des remugles d’égouts qui venaient d’éclater en répandant toutes les ordures du quartier. Elle plaqua son écharpe contre son nez pour échapper à cette puanteur. A ses pieds délicats décampèrent une horde de rats qui se répandirent sur la chaussée sous les cris des passants avant de se faufiler sur les corps des agonisants. Préservée par la vie jusqu’ici, elle n’avait jamais vécu un tel Enfer ; la jeune femme avait l’impression que tout s’effondrait autour d’elle et avec ces éboulis toutes ses certitudes qui partaient en charpies. Ses cinq sens étaient mis à rude épreuve avec la puanteur ambiante , la cacophonie des effondrements multiples, la consistance hasardeuse d’un terrain qui se dérobait sous ses pas, l’horreur du spectacle qui se déroulait devant ses yeux, la rudesse du climat qui passait de la touffeur au glacial, et elle se sentait menacée de toutes parts, sans personne pour l’épauler. Si au moins elle avait retrouvé Amory, ils partageraient ensemble cette rude épreuve et même si ce dernier n’était pas prêt à se sacrifier pour elle, il l’aurait aidé à se frayer un chemin parmi tous ces cadavres et ces décombres. Et avec désespoir elle mesurait le peu de chance qu’elle avait de se sortir toute seule de cette énorme catastrophe.

Il lui traversa furtivement l’esprit que son mari pouvait commencer à se faire du souci pour elle et que lui aussi pouvait courir un danger dans le quartier où son bureau se trouvait. Heureusement qu’elle n’avait pas d’enfants et que ses parents vivaient sous d’autres latitudes. Malheureusement il y avait les amours, les amis, les relations, les animaux chéris, les biens, les lieux familiers, les plantes qui couraient le risque de disparaître et dans ce cas pourquoi espérer leur survivre ? Sa mort était proche, mais aussi celle de tous ses congénères et cela changea son regard sur eux. Frères de Misère, frères d’Enfer, frères de la même Destinée croisés sur ce boulevard récemment baptisé Barak Obama , porteur de tant d’espoirs, ils ne lui avaient jamais parus si émouvants, si désarmés, si résignés devant cette mort inéluctable. Ce trajet même, si souvent accompli pour rejoindre Amory dans leur Motel, évoquait quelque peu la passion du Christ. A ceci près que défilaient des milliers de Christs qui s’acheminaient vers leur dernier supplice après avoir traversé maintes épreuves. Tous unis dans ce châtiment des éléments démontés. Mais ceux qui la croisaient la considéraient – avec sa peau blême et ses cheveux rouges – comme une sorcière davantage que comme une sainte conduite au sacrifice. Il y en avait même qui se signaient à son passage comme au temps de l’Inquisition. Et si les autres avaient l’air de porter leur croix, elle, se dirigeait à coup sûr vers son bûcher pour y brûler vive.

Célestin se sentait pousser des ailes et une curieuse exaltation s’emparait de lui à mesure qu’il approchait de l’autre rive du boulevard Barak Obama. Jusqu’ici c’était un No life, un geek qui passait sa vie dans les jeux vidéo, préférant le virtuel à la chair de l’existence. Adepte du no sex, il n’avait pas besoin de sortir de son antre pour trouver femelle à son goût. Pendant les LAN Parties, qui pouvaient durer pendant des jours, il s’alimentait d’une manière anarchique avec des aliments qui ne requéraient ni préparation ni couverts et buvait essentiellement du Coca en cannette. Dormait seulement quand le tournoi était terminé. Gagnait sa vie ainsi, sans jamais sortir de chez lui. N’avait presque pas d’amis en dehors de ceux qui étaient invités sur Googlebook et ne correspondait que par hypramails. Et ne voilà-t-il pas qu’il se trouvait immergé dans un jeu vidéo géant comme s’il prenait le relais de son avatar dans Other life. Et qui plus est, il avait à ses côtés un être de chair et de sang qui l’aidait à déjouer les obstacles. Peut-être un ami en devenir, une sorte de tuteur ou de parrain. Pour lui qui venait de perdre son père, ce soutien s’avérait très précieux. Il fallait absolument survivre à ce désastre pour entretenir une relation avec ce type-là dont il ne connaissait même pas le prénom.

Amory qui , en s’alimentant, avait repris des forces en même temps que sa faculté de concentration, tentait de programmer les dernières minutes qui lui étaient peut-être allouées par le Grand Ordonnateur, responsable de ce cataclysme. Il était enfin parvenu à traverser cet interminable boulevard de la Mort et se trouvait à l’embranchement de deux chemins – symboliquement, cela s’entend – et soit il continuait à rechercher Elvira et de ce fait – s’il la retrouvait et que le G.O. lui accordait un sursis – s’engager à vivre à ses côtés, soit il y renonçait pour amorcer une nouvelle vie de pédéraste avéré avec son ange. A présent qu’ils se rapprochaient des brasiers, il parvenait enfin à distinguer les traits de son protégé. Eclairé par la lueur rougeoyante, son visage prenait une intensité quasi spirituelle, proche de l’extase. Il est vrai qu’il existait si peu charnellement et presqu’essentiellement par l’esprit, que cette particularité ne pouvait que sauter aux yeux d’Amory , déjà charmé d’avance. Il remarqua la finesse des traits, la transparence du teint qui ne voyait jamais la lumière du jour, l’intensité du regard bleu-vert qui changeait de couleur suivant les variations du temps, ce qui laissait augurer qu’aujourd’hui ils avaient viré du bleu au vert en passant par le gris, le turquoise, le kaki. Ses cheveux blonds bouclés auréolaient d’or ce visage séraphique. Il ne lui manquait plus que la paire d’ailes dans le dos.

A présent qu’il pouvait le découvrir à la lueur des brasiers, le jeune homme fut frappé par le regard aimant que son aîné portait sur lui, qui l’aimantait, à son corps défendant. Une impression de solidité, de force tranquille émanait de sa longue silhouette bien proportionnée de sportif. Il devait avoir la quarantaine, et sa maturité se révélait dans les rides bien dessinées de son visage, tatouant son front de vagues, mettant entre parenthèses son sourire, étoilant ses yeux mordorés. D’épais cheveux bruns encadraient ce visage photogénique d’acteur. Le teint hâlé, les traits burinés, il avait quelque chose d’un aventurier et en cela se montrait l’exact opposé de Célestin, freluquet de l’ombre et du caché. On ne pouvait que le trouver sympathique. Et Célestin l’aima d’emblée. Les deux hommes tombèrent dans les bras l’un de l’autre. L’un par désir, l’autre par gratitude.

Blessée à la cheville, Elvira en était réduite à se mouvoir à quatre pattes comme une vache rouquine. Ses mains touchaient des choses visqueuses, gluantes, aqueuses, répugnantes qui dégageaient une odeur de charnier. Elle avait perdu son écharpe et, à moitié asphyxiée, elle recevait en pleines narines les effluves pestilentielles des corps décomposés mêlés aux immondices et aux relents de gaz provenant des tuyaux percés. Jamais elle ne s’était trouvée dans une situation aussi dégradante ; elle savait que le mot tragique était plus adéquat, mais son apparence la préoccupait par dessus tout. Elle redoutait presque de rencontrer Amory ainsi réduite à l’état bestial, recouverte de boue, d’ordures, et de sang. Elle ne pensait même pas qu’il pouvait se trouver dans la même situation humiliante qu’elle, l’imaginant toujours superbement vertical et altier. Tel une figure de proue entraînant à sa suite une nuée de femelles apeurées. Au point où elle en était, elle urina sous elle sans que cela changeât quoique ce soit à son apparence. Et si, sur son parcours, elle avait rencontré le moindre élément comestible, elle l’aurait brouté sans hésiter. Mais c’est surtout la soif qui la tenaillait car elle répugnait à absorber des eaux croupies. Des piqures et des écorchures multiples griffonnaient sa peau laiteuse comme autant de graffitis infâmants. Son visage revêtait le masque de la suppliciée avec son rimmel qui coulait, son rouge qui bavait, son fond de teint qui fondait lamentablement, dramatisant encore ses traits tirés et creusés par la fatigue et la terreur. Qui pouvait deviner qu’elle avait été belle deux heures auparavant ? Et d’ailleurs qui s’en préoccupait ?. Sous ses mains le sol se remit à vibrer, ce qui entraîna des fendillements dans le macadam. Elvira craignit de disparaître dans les entrailles de la terre. Complètement paniquée, elle cria : « Amory ! Amory ! Au secours ! »

Amory entendit son nom scandé comme un appel au secours. C’était sûrement Elvira. Il se dirigea vers l’émission sonore familière qui provenait de sa droite. Il accéléra le pas, entraînant Célestin dans sa course. Il réalisa qu’il obéissait au réflexe ancestral de l’appel de la sirène. Ou plutôt du secours à la personne en danger. A force d’accélérer le pas, la main de Célestin se détacha de la sienne. Guidé par la voix il ne tarda pas à apercevoir la chevelure rousse – identifiable entre toutes – de sa maîtresse qui, en dehors de cette parure qui pouvait se confondre avec les flammes des brasiers, n’avait rien de commun avec la femme qu’il avait connue jusqu’ici. Il pensa à un animal traqué, à une gorgone en transe, à une junkie déglinguée. Toute attirance pour elle s’était dissipée, laissant place à une immense pitié. Il entoura sa taille de son bras et la repositionna à la verticale pendant qu’elle se jetait à son cou. Elle s’écroula sous des pleurs convulsifs qu’Amory tentait d’endiguer avec des paroles d’apaisement. Enfouie au creux de son vaste buste, elle finit par se calmer un peu, éperdue de reconnaissance. Amory pensa à Célestin qui à présent devait être bien loin. Perdu à jamais dans la tourmente.





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